Rapport Durham

Date: 
1839

Qu’il ait été « de façade » ou non, l’idéal démocratique portait en lui les germes d’une potentielle prise du pouvoir par la majorité catholique francophone pourtant conquise en 1759. Indignée, la Grande-Bretagne tente de mater ces ambitions par l’adoption d’un politique d’assimilation plus musclée, mettant fin à la tolérance dont avaient bénéficié les Canadiens français jusqu’alors. Lord Durham est alors dépêché afin de faire rapport sur la situation sociopolitique qui prévaut au sein de la colonie. Datées de 1839, les conclusions du Rapport Durham ont état de la nécessité de préconiser une politique d’assimilation d’un peuple sans histoire ni culture. Durham met en relief les traits caractéristiques d’une société « destituée » qui semble dotée d’une sorte de mémoire collective dédoublée, friande de repères historiques ayant marqué des peuples auxquels elle n’appartient pas. Il prône ouvertement l’assimilation des Canadiens-français. Ces conclusions portent à l’adoption de l’Acte d’Union, à peine un an plus tard.

Paradoxalement et avec le recul que consent l’Histoire, le ton condescendant et méprisant adopté par Durham à l’endroit de la population francophone semble avoir fouetté une prise de conscience nationaliste qui donna naissance, dans la seconde moitié du XIXe siècle, à un fertile mouvement scientifique et artistique. Les œuvres de l’historien François-Xavier Garneau, de l’écrivain Philippe-Aubert De Gaspé ou des poètes Octave Crémazie et Louis Fréchette témoignent la découverte d’un « moi » canadiens-français.